Extrait : Entre hier et demain, au Bas Breil

« C’est un homme strict, bourru, parti tôt, rentré tard, pas trop causant, pas démonstratif avec ses enfants. (…) Il est travailleur et courageux, rompu aux tâches difficiles et il ne se plaint pas. Derrière ses silences parfois ombrageux et ses coups de casquette, il est attentif (…). A l’extérieur de la maison, c’est un homme sociable et bavard, pourvu d’une facilité à discuter avec tout le monde. Connu comme le loup blanc, il est à l’aise avec n’importe qui, une éternelle cigarette plus ou moins bien roulée (et plutôt mal que bien) au coin de la moustache qu’il porte jaunie, brûlée et grillée par le tabac. Quand c’est l’heure de manger, il l’éteint, la place derrière son oreille puis la reprend en fin de repas. Son plaisir, c’est d’avoir sa goutte avec le café, midi et soir, son petit verre dans les fermes à droite et à gauche aussi. »

Entre hier et demain, au Bas Breil

Extrait : Entre hier et demain, au Bas Breil

« Les fils à linge sont l’objet de beaucoup d’attention : ce sont des indicateurs menstruels. Y sèchent les serviettes en tissu qu’utilisent les femmes pour se protéger et que tous identifient comme tels. Pour éviter les premiers commérages au sujet des nouvelles grossesses, certaines femmes récemment enceintes étendent ces linges qui n’ont pourtant pas servi afin de tromper le voisinage quelque temps encore. Il n’y a dans ces observations indiscrètes aucune retenue alors même que la pudeur prévaut et qu’on évoque peu ces choses-là (…) »

Entre hier et demain, au Bas Breil

Extrait : Tu feras ça plus tard

Monique est née en 1927. Je suis allée à deux reprises recueillir ses souvenirs pour en écrire un livre, que ses enfants ont souhaité lui offrir, à elle mais aussi à toute la famille.

« En 1940 les enfants reviennent vivre à Paris avec leurs parents et la vie de famille reprend. Mais c’est l’Occupation et le climat psychologique est pesant. Il engourdit la vie quotidienne qui se poursuit malgré la nouvelle donne. Il y a le couvre-feu, les trottoirs dont il faut descendre pour laisser passer les Allemands quand on les croise, on les voit dans les rues, dans le métro, avec leur uniforme. On se fait petit, invisible, on rase les murs. Il ne faut rien dire, baisser la tête et tenter de passer inaperçu autant que possible. »

Tu feras ça plus tard